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Entretien avec François Holterbach
Robert Beltz laisse le soin aux autres, de découvrir dans ses oeuvres ce qu'il se défend d'y avoir mis. En parenté d'esprit et de cur avec les auteurs qu'il illustre, mais surtout grâce à la richesse de sa propre personnalité, façonnée par une vaste érudition, par une profonde tendresse pour les hommes et une aristocratie de l'esprit qui ne se dément jamais, Robert Beltz pour qui le calcul intégral est un amusement, sait manier avec la même dextérité et la satire et l'auto-ironie.
Dans sa préface pour «Une Vie une Oeuvre» Gérald Gassiot-Talabot, attaché culturel aux Arts Plastiques et critique d'Art a dit de Robert Beltz "... qu'il procurait au lecteur le vertige cosmique d'un univers que les hommes ont abandonné aux Dieux et qu'il est l'inventeur d'un monde que régissent les lois mystérieuses du rêve et que bouleverse un humour à la fois dru, savoureux et franc."
D'autres se contentent de dire de Robert Beltz qu'il est un génie. Ce terme, je l'ai un jour utilisé devant lui. Il m'a regardé avec un sourire plein de bonté et d'auto-ironie:
"Du génie? Si oui, je n'y suis pour rien. Je ne fais que raconter une histoire, qui parfois prolonge celle de l'auteur, ou à la limite lui donne une dimension différente."
Depuis quelques années, un prix a été créé : le prix Robert Beltz . Il est de renommée européenne.
L'association "Les Amis de Robert Beltz" possède tous les ouvrages de Robert BELTZ et travaille à la promotion de son oeuvre.
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la femme au sac à main

Jeune homme

Serait-ce Pif ?

... ou Ariane ?
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TRANCHES DE VIE DE ROBERT BELTZ racontées par Monsieur Serge BRUNNER, neveu de Robert Beltz
"Robert BELTZ est certes le grand artiste reconnu par tous et qui laissera son nom dans l'histoire de notre chère Alsace. C'était également "l'oncle Robert" aimé par ses proches et tout particulièrement par moi. C'était un homme au grand coeur, un des hommes les plus spirituels que j'ai connu, un bon vivant... et la liste est loin d'être close !"
Voici une petite sélection d'anecdotes qui sont encore très nette dans mon esprit :
Pendant la" drôle de guerre" nous avons une réunion de famille au Beuchot - grande propriété appartenant à mon oncle et ma tante Lemaire (soeur aînée de Robert) et située à 10 km de Luxeuil-Les-Bains en Haute-Saône. Robert était assis à côté de mon jeune cousin Lionel (7 ans). Celui-ci balançait ses jambes sous la table sans arrêt et martelait de ses pieds les superbes bottes d'officier de l'oncle Robert. Mon oncle fit savoir à plusieurs reprises à Lionel qu'il n'appréciait pas du tout ce "tambourinement". Alors l'oncle Robert se leva de table, déboucla avec une superbe théâtrale et une lenteur calculée, sources d'un silence ne présageant rien de bon, son ceinturon et ... ligota, avec des mimiques plus drôles les unes que les autres, les deux jambes de son frétillant petit neveu au pied de la table. Cette scène fut couronnée par les éclats de rire de toute la tablée.
Lors de ce même séjour, ma cousine Huguette âgée de 20 ans revenait d'un séjour en Espagne après maintes péripéties liées à la fermeture des frontières du fait de la guerre. Elle proposa à la famille d'apprécier ses talents de danseuse espagnole. Très brune de nature, elle força un peu de ce trait et vêtue à l'espagnole, castagnette en mains, telle une danseuse de flamenco, transportant toute l'assistance en Espagne. Alors l'oncle Robert se leva, superbe dans son uniforme d'officier de l'A.L.V.F. (Artillerie Lourde sur Voie Ferrée) et ses bottes presque rouges. Il poursuivit, tel un faune, Huguette avec des mimiques et des rotations du corps inimaginables qui eurent le don de provoquer l'hilarité générale de toute la famille. Quelle improvisation extraordinaire !!
Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon oncle Robert avait reçu chez lui au camp militaire de Mourmelon ou de Mailly (Marne), je ne sais plus exactement le lieu, son chef d'escadron en compagnie de son ami Hazelmeyer, beau frère de Gustave Stokopf. Constatant que le chef d'escadron était très imbu de sa personne, les deux compères décidèrent de lui monter un bateau. Hazelmeyer en civil ce soir-là alors qu'il était sous-officier, lui fit croire qu'il était colonel. Robert proposa au commandant une manoeuvre au sabre au cours de laquelle ce dernier fut ridiculisé avec une telle maestria que cela n'égratigna pas la suffisance de notre homme mais amusa fort l'assistance. A la fin de la soirée, mon oncle craignant que le commandant ne rencontrât un jour Hazelmeyer dans son uniforme de sous-officier, le risque existait bel et bien, le prit en aparté et lui glissa dans le creux de l'oreille avec une mine et sur un ton que n'aurait pas désavoué le plus talentueux des conspirateurs que son ami travaillait dans le Deuxième Bureau. De ce fait, si jamais il le croisait déguisé ... - et là, de longs silences ponctuaient chaque mot murmuré comme pour auréoler chacun d'entre eux de ce poids que nimbent seuls les grands secrets...- soit en camelot ... soit en clochard... soit en ecclésiastique ... soit même en sous-officier !!! qu'il fasse semblant de rien. Et cela avait marché !!
Oncle Robert aimait créer de petites mises en scène, taquiner, inventer des sketches plus drôles les uns que les autres. Il avait énormément d'humour, voire de l'humour caustique. Ainsi, dans les années 1950, me promenant avec lui à Strasbourg, nous passions sur le Pont Saint-Paul qui enjambe l'Ill, quand, sur le trottoir d'en face arrive une dame bien mise, collet monté. Nous la connaissions : elle avait la réputation de savoir être odieuse à un point difficilement surpassable ! La regardant oncle Robert me dit : "Tu sais, elle est le genre de femme que je voudrais jeter à l'eau. - Oh ! Cela n'est guère gentil, mon oncle, lui fis-je. - Tu sais, me rétorqua-t-il, c'est uniquement pour l'entendre appeler "au secours" d'une façon naturelle !" Il avait l'art de trouver le mot qu'il fallait au moment où il le fallait.
Avec une autre ami, le Prince Smirnof, un russe blanc qui finissait de se ruiner en France, il avait décidé de mettre en boîte un autre ami terriblement ridicule. Opérant dans une semi pénombre favorable aux mystères, ils s'amusèrent à faire tourner une table prétextant être à même de mettre leur camarade en relation avec son père décédé depuis fort longtemps. On s'installe autour de la table, l'un des complices du jeu se déchausse, pose son pied nu sur le dallage de marbre de la salle. Le pauvre crédule passa sa main sous la table au moment où on lui fit croire qu'il allait serrer la main de son père décédé : le pied refroidi par le marbre produisit l'effet escompté au-delà de toutes les espérances des convives !!
Tous les étés, nous allions à Morgat, jolie petite ville du Finistère donnant sur la baie de Douarnenez. Là mes grands-parents avaient une villa, non loin de l'Hôtel de la Mer, le seul grand hôtel de Morgat. Ceci se passait dans les années trente. Beaucoup d'amis venaient y passer leurs vacances, attirés par la présence de l'oncle Robert. Nous, les enfants, nous nous amusions sur la plage avec un gros crocodile en caoutchouc d'une ressemblance assez confondante avec l'animal réel. Un soir, un ami commun d'Alsace, lui aussi passablement crédule était attendu. Le petit groupe d'amis emprunta notre crocodile et alla s'embusquer à quelques kilomètres de Morgat dans un fossé bordant la petite route, après avoir pris soin de poser le crocodile attaché à une ficelle dans le fossé d'en face. La Hotchkiss noire arrive, Robert tire sur la ficelle, le crocodile traverse la route devant le faisceau lumineux projeté par les phares de la voiture. A l'Hôtel de la Mer, Carlos raconta à tout le monde son étrange rencontre : en Bretagne vivent des crocodiles !!
Robert BELTZ aimait la France et l'Alsace, se disait lui-même Rhénan. Il admirait le courage. Pour que cette anecdote révèle tout ce qu'elle a représenté pour moi, un petit préambule s'avère nécessaire.
En 1945, j'avais 19 ans et mon meilleur ami, Bertrand de MARCE venait de s'engager volontaire pour l'Indochine dans la "coloniale". Avant son départ de Toulouse, il est venu me voir chez mon oncle qui l'avait invité à dîner. Il admirait ce garçon qui avait été pris par les Allemands en 1943. Il avait été emprisonné et torturé dans le but de lui extorquer le lieu où se cachait son beau-père, le Commandant Célérier de SANAIS, recherché comme chef de l'armée secrète (section militaire de la Résistance). Circulant à vélo sur la petite route à peu de distance du chemin qu'il avait l'intention d'emprunter pour se rendre dans la forêt des Landes, à un bon kilomètre de là, dans la maison dans laquelle se cachaient ses parents, il vit arriver derrière lui une colonne allemande. Au lieu de fuir dans les bois, il continua d'avancer pour éviter d'être pris en chasse par les éléments de cette unité motorisée. Malheureusement, un milicien le reconnut et les Allemands l'arrêtèrent.
Mon oncle fut séduit par ce jeune et par son histoire. Avant qu'il nous quitte, il lui demanda s'il avait une arme personnelle. A la suite de sa réponse négative, mon oncle guida mon ami vers une armoire qui contenait plusieurs pistolets, l'ouvrit et lui dit : "Bertrand choisissez et prenez plutôt le plus gros calibre car les Viets ont la peau dure !!" Bertrand confondu en remerciements, nous quitta. Il ne put jamais rendre cette arme, car il avait été tué au Vietnam. Cette histoire est un peu longue. Toutefois j'ai pensé qu'elle révélât un côté du personnage de mon oncle Robert. Le courage de ce garçon l'avait conquis."
Monsieur Serge BRUNNER souligna fort obligeamment qu'il n'était pas inutile de narrer une ou deux anecdotes relatives aux chiens qui partagèrent l'intimité de notre génial illustrateur.
"Pif, un Fox à poils longs, animal intelligent, vécut durant la deuxième guerre mondiale avec le jeune couple à Toulouse. Durant cette période, le ravitaillement alimentaire était désastreux. Grâce à une ferme située non loin de leur demeure, le couple pouvait se procurer des carottes. Et leur compagnon à quatre pattes trouvait fort souvent dans sa gamelle non pas un bel os à ronger mais ... des carottes : le cher Pif en vint à ne plus pouvoir piffer les carottes !!! Après la guerre, sa gamelle se garnit de menus variés qui lui firent oublier le temps non pas des cerises mais des carottes ! Lorsqu'oncle Robert voulait envoyer son chien se coucher, il disait, avec sa grosse voix en faisant éclater la sonorité des "o" au maximum des possibilités vocales dont le registre était pourtant étendu : "Pif, carôôôtes"... Pif traumatisé par le souvenir de ce légume, qui d'après lui, n'avait de vertus que pour la gent humaine !! fonçait chaque fois que son maître faisait sonner ce mot à ses oreilles, se cacher sous un meuble !
Lors d'un séjour de vacances passé sur l'île de Rhodes, une chienne emboîta, dès le premier jour, les pas de Robert et d'Yvonne et suivit le couple jusqu'à leur hôtel. Durant tout le séjour, la chienne était là, à les attendre et à les suivre dans leurs pérégrinations. Le séjour touchant à sa fin, Robert décida de ramener cette chienne avec lui en France. Or le retour avait été planifié par la Suisse. Les trois atterrirent à l'aéroport de Zurich, n'ayant évidemment aucun papier, même pas un certificat de vaccination pour leur nouveau compagnon. Robert passa au ras du bureau des douaniers de l'aéroport, le chien en laisse, le bras recouvert négligemment de son imperméable qui couvrait un peu l'animal avec cet air dégagé et souriant des personnes qui n'ont rien à cacher. La chienne avait-elle compris que son avenir était en jeu? Aussi invraisemblable que ceci puisse paraître à un douanier suisse, personne ne remarqua quoi que ce soit ! Les relations tissées entre cette magnifique bête et son maître tenait déjà du métaphysique!
Par la suite, Ariane couchait toujours au pied du lit de Robert. A tous les Noël, elle recevait un cadeau. Lorsqu'elle quitta ce monde, ce fut très dur pour lui.
Ce griffon qui tint tant à coeur à Robert , eut l'honneur d'être immortalisé dans les dessins de son illustre maître qui prouvait, par là, son attachement sans faille à ce compagnon si fidèle.
Textes très aimablement et
très amicalement transmis le 8 mars 2004.
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